Conférence du Grand Rabbin de Bruxelles le 4 février 2019

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Qui est Jésus pour un juif d’aujourd’hui ?


Le 4 février, lors d’une conférence-débat à Namur, à l’invitation du CIL , le grand rabbin Guigui était invité à répondre à cette question.
D’emblée, il insiste sur la judéité de Jésus, même si on ne peut pas être toujours d’accord sur ce qu’il a dit et sur ce qu’il a fait.
Avec les chrétiens, les juifs peuvent « marcher main dans la main » à propos des 33 ans de la vie de Jésus (le Jésus historique) mais se séparent des chrétiens à propos des deux derniers jours (le Jésus christique). Sa souffrance, sa mort et sa résurrection restent un champ étranger au judaïsme.

Proximité

Le grand rabbin invite les chrétiens à mieux comprendre Jésus par l’étude de l’hébreu et de la Torah. Son enracinement (milieu de vie, environnement, …), sa foi, sa prière, … sont complètement juifs. De même, son mode de pensée et d’expression (le cep de vigne, le vigneron, le figuier, …) fut pensé en fonction des juifs. Si son enseignement est nourri par la loi et les prophètes, la traduction en grec constitue une première déformation. A l’époque, le peuple d’Israël, dont la référence est constante dans la bouche de Jésus, est plongé dans une immense misère (sociale, morale, …). Cette référence au peuple d’Israël est constante dans la bouche de Jésus.

Eloignement (le « non » des juifs à Jésus)

Le traitement du texte biblique a été orienté par l’église à partir de la crucifixion. Ce prisme change les perspectives. Si c’est le même décor (Jésus se rendait au temple, il célébrait la Pâque, …), il existe entre le juif et le chrétien une manière différente de l’habiter. Si Pierre et Jacques gardent les pratiques juives, la transformation radicale se fait avec Paul pour qui la foi est supérieure à la loi et aux bonnes œuvres (Galates 2). Le fossé ne cesse de se creuser quand la foi est opposée à la loi et que le Christ devient le centre de la religion. Proclamer « Le Christ est ressuscité » détrône la Torah, ce que les juifs ne peuvent accepter. Dire que Jésus est un nouveau Moïse (cfr Matthieu) heurte les juifs. Est-il nécessaire d’avoir un nouveau Moïse ? Pour nous, affirme le grand rabbin, il n’y a ni manque, ni incomplétude à colmater. Chez les juifs, il n’y a jamais eu rupture entre les hommes et Dieu. Celui-ci n’est étranger à aucune créature. Par conséquent, il n’est pas nécessaire d’avoir un intermédiaire (un sauveur).
Les points de conflit entre chrétiens et juifs se sont multipliés dans l’histoire. L’interprétation des textes constitue une divergence entre juifs et chrétiens.

Aujourd’hui

Aujourd’hui, il s’agit de voir comment les chrétiens peuvent dire oui au judaïsme à partir de leur foi en Jésus-Christ. L’absolu n’appartient à personne. Le dialogue entre chrétiens et juifs ne doit pas effacer les différences. C’est la rencontre de deux altérités qui ne se laissent pas réduire à un œcuménisme « mou ». Chrétiens et juifs, nous vivons dans l’attente : les juifs attendent le Messie, les chrétiens attendent la parousie. Il ne s’agit pas d’une attente passive (les bras croisés). Il est nécessaire d’unir nos forces pour créer un monde plus humain : paix, justice sociale, … Nous devons nous donner la main pour que le monde dans lequel nous vivons soit meilleur, plus beau.

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