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Quand Caritas rime avec carrefour

Caritas est connu en Belgique comme acteur sur le plan de la solidarité internationale dans le domaine de l’urgence et du développement. Moins connu est son rôle joué en Belgique.

Traditionnellement, les organisations qui forment Caritas en Belgique se répartissaient en deux catégories assez différentes : les organisations de solidarité (Caritas international, Caritas Secours, Action Vivre Ensemble, Entraide et Fraternité) et un secteur institutionnel regroupant des fédérations d’institutions telles qu’hôpitaux et maisons de repos, services d’hébergement pour personnes atteintes d’un handicap, pour jeunes en difficulté, etc.
Ces deux secteurs ont fortement évolué et continuent à le faire, de façon assez différente au nord et au sud du pays.

C’est ainsi que Caritas Vlaanderen a récemment redéfini son rôle comme celui d’un « carrefour » à la rencontre de trois thématiques : la lutte contre la pauvreté, la promotion du volontariat et la vision chrétienne de la « diaconie » ou « service du frère ».

Une autre évolution à la fois récente et importante est la collaboration de plus en plus étroite entre les organisations « Caritas », dont plusieurs ont emménagé au 39 rue… de la Charité , à Bruxelles.

Un tel rapprochement se justifie par le souci d’une cohérence accrue et par celui d’une meilleure articulation entre deux fonctions de Caritas :

- une fonction opérationnelle, comme prestataire de services à destination de publics particulièrement vulnérables comme les réfugiés et demandeurs d’asile ou les personnes sans abri ;
- une fonction de nature plus politique, tant à travers des prises de position et des interpellations que par une participation active à la mise en réseau du secteur associatif, et de l’associatif chrétien en particulier.

La conciliation entre ces deux fonctions constitue un défi permanent. En effet, vouloir que la fonction opérationnelle dépasse le seul stade symbolique et prétende à une certaine forme d’efficacité implique fréquemment une forme de partenariat avec des pouvoirs publics dont il faut veiller à ce qu’ils ne compromettent pas l’indépendance que requiert la deuxième fonction. Il s’agit donc de trouver une forme adéquate d’interdépendance, à égale distance d’une dépendance aliénante et d’une indépendance désincarnée.

Ce qui se joue ainsi est l’unité indispensable à laquelle on doit tendre sans cesse entre les valeurs de solidarité, de subsidiarité et de responsabilité, thème qui nous mobilise notamment dans la perspective des trois scrutins électoraux de 2014. Il faut, en particulier, insister sur le fait que la subsidiarité, concept inhérent au personnalisme chrétien, ne peut jamais être invoquée comme prétexte au repli sur soi et mettre à mal la valeur de solidarité.

Un autre thème mobilisateur est celui de l’hospitalité et du droit au logement, entendu dans le sens large de l’accueil et du soin du « prochain », à l’image de la parabole du bon samaritain qu’évoque notamment l’encyclique « Deus caritas est ».

La priorité à accorder au thème du logement est apparue lors de la célébration du 80ème anniversaire des activités de Caritas en Belgique. Elle a été identifiée au même moment par le C.I.L. et l’homologue flamand de ce dernier, l’Interdiocesaan Pastoraal Beraad (IPB), y a souscrit immédiatement. Mais il s’agit bien plutôt, en réalité, de la redécouverte d’un des fondements de Caritas.

Lors des phases successives de son développement, étroitement lié à l’évolution des congrégations religieuses, Caritas a, en effet, toujours mis l’hospitalité au centre de son action, tant sous la forme des institutions d’hébergement que sous celle de l’accueil des migrants et demandeurs d’asile. Toutefois, ce n’est que sous cette dernière forme que Caritas reste mandatée pour agir « directement ». Car, dans tous les autres domaines, l’autonomie prise par les organisations liées à Caritas a provoqué une prise de distance qui l’on peut concevoir à la fois comme un passage à l’âge adulte et comme un éloignement par rapport à l’inspiration des fondateurs. Aussi, une étape importante a été franchie lors de l’hiver 2010-2011 avec l’opération « SOS accueil » qui a vu Caritas International, en coalition avec d’autres acteurs pluralistes, héberger plus de 200 personnes sans abri et attirer l’attention du public sur l’importance de la « crise de l’accueil » des demandeurs d’asile. Cette opération a été couronnée de succès puisqu’a été mise en place une nouvelle politique, dont on peut toutefois craindre, à présent, qu’elle n’ait été trop loin…Mais Caritas avait renoué avec un rôle de plaidoyer qui s’était estompé. Il s’agit de poursuivre sur cette lancée et de développer l’approche « opérationnelle ». Tel est le défi que Caritas relèvera début 2014 lors du dimanche de la Sainte-Famille sous le thème « Un toi-t pour un enfant », en soutenant des projets menés en Belgique au… carrefour des thématiques de l’hospitalité et de la pauvreté des enfants.

Patrick De Bucquois, secrétaire général de Caritas Belgique francophone et germanophone

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