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Lettre ouverte à nos frères chrétiens, laïcs, clercs et évêques

« Ré-enfanter l’Eglise au souffle de l’Esprit » [1]

Nous tous qui sommes baptisés, nous portons ensemble la responsabilité de la proclamation et de la mise en application de l’Evangile. Au cours des derniers mois, la crise dans notre Eglise s’est développée d’une manière accélérée. Les évènements qui se sont succédés ont fait surgir des sentiments d’impuissance, de colère et d’incrédibilité. Si « l’Eglise est profondément sinistrée dans notre pays », .comme l’écrit un de ses ministres, nous ne pouvons pas rester en témoins muets face aux problèmes manifestes que nous observons dans les rouages de l’Eglise. Chaque baptisé doit se sentir concerné et non seulement pouvoir réagir, mais se sentir le devoir de se manifester, seul ou avec ceux qui partagent sa foi, et se résoudre à un examen de conscience plus approfondi avec la hiérarchie.
Nous pensons qu’il est plus que temps que nous, les laïcs, nous soyons des partenaires à part entière dans les défis à relever par l’Eglise. C’est Benoît XVI lui-même qui, en mars dernier proclamait : « la nécessité d’un changement de mentalité dans l’Eglise, surtout à l’égard des laïcs, pour promouvoir, dans le respect des vocations et des rôles (…) la coresponsabilité de tous les membres du peuple de Dieu ».
Prenons-le au mot.

C’est ce qu’ont écrit nos collègues d’IPB, l’équivalent flamand du CIL : « La communauté ecclésiale doit communiquer plus ouvertement et plus clairement, apporter des modifications structurelles dans l’Institution. Les évènements récents ne doivent pas être l’affaire des seuls clercs. Où se réalise la réflexion fondamentale au sein de l’Eglise ? Nous devons constater qu’aucune structure démocratique ne permet une discussion fondamentale, concertée au sein du peuple de Dieu. Malgré le concile Vatican II, il ne s’est jamais développé une véritable égalité entre clercs et laïcs, surtout parce que les responsables de l’autorité et de l’organisation de l’Institution veulent clairement maintenir leur pouvoir. Il faut casser la structure patriarcale si nous voulons aboutir à de véritables concertations ».

De notre côté, rappelons deux des dix propositions formulées cette année par le CIL à la suite d’un travail de réflexion et de consultations de plusieurs années : « Petites ou grandes, les communautés doivent se prendre en charge sans attendre ou suivre aveuglément des consignes venues d’en haut » et « Promouvoir en toute occasion le dialogue : il n’y a pas deux classes de chrétiens, les clercs (sacralisés) … et les autres. Tous sont prêtres, prophètes et rois » [2]

C’est pourquoi nous nous sommes mis autour de la table pour réfléchir ensemble à ces questions.

De nombreux catholiques en ont assez des donneurs de leçons, des discours idéologiques, théoriques, sans nuances, provocateurs et blessants, surtout sur les questions touchant à la vie : contraception, avortement, cellules souches, procréation médicalement assistée, euthanasie etc. Quel rigorisme ! Que de condamnations ! L’expression critique à l’égard de certains discours magistériels est liée à un niveau élevé de formation critique dans notre société et à la pratique généralisée de la démocratie associant travailleurs, patrons et représentants de larges groupes de la population aux orientations et décisions qui les concernent. Le refus d’écouter ce que Dieu dit à travers l’expérience et la parole des baptisés sur des questions comme la sexualité, la fécondité, la gouvernance, la chape mise sur des situations de pédophilie ou d’abus de pouvoirs par des clercs notoires, constitue aux yeux des chrétiens une souffrance extrême.

Quand le dialogue pourra-t-il être franc et ouvert avec la généralisation de conseils pastoraux diocésains et locaux ? L’insistance sur la reconnaissance de la compétence et de l’engagement de nombreux baptisés, sur la reconnaissance de la place des femmes dans l’Institution qui ne peuvent être réduites à leur maternité et à la passivité, n’est pas une requête de pouvoir mais une exigence évangélique de prise au sérieux.

Jusques à quand va-t-on continuer comme avant ? Nous les laïcs, hommes et femmes, nous n’allons pas nous résigner à ce décalage complet de l’Institution par rapport à notre temps. Le temps est venu, d’oser contester publiquement, transgresser, cesser de toujours obéir passivement.

Les laïcs doivent, comme chrétiens baptisés, membres à part entière de la communauté chrétienne, être associés à rendre le monde et l’Eglise plus humains. Les images évangéliques du levain ou du sel n’indiquent-elles pas une autre forme de présence à la société ?

Les laïcs doivent également être réellement impliqués dans la gestion de l’Eglise quel que soit le domaine concerné, y compris au niveau le plus élevé. Quelques pas ont été timidement faits dans cette direction, notamment dans certains conseils paroissiaux et diocésains. Mais même au niveau de la conférence épiscopale belge, des laïcs pourraient avantageusement participer à la réflexion et à la mise en œuvre des décisions.

Les laïcs doivent également être réellement impliqués dans la gestion de l’Eglise quel que soit le domaine concerné, y compris au niveau le plus élevé. Quelques pas ont été timidement faits dans cette direction, notamment dans certains conseils paroissiaux et diocésains. Mais même au niveau de la conférence épiscopale belge, des laïcs pourraient avantageusement participer à la réflexion et à la mise en œuvre des décisions.

Le défi pour le CIL sera, comme par le passé, de contribuer à la réflexion et de veiller à interpeller l’autorité ecclésiale sur la part réelle faite aux laïcs, femmes et hommes, dans la vie et les orientations de l’Eglise catholique de Belgique. Comme auparavant, le CIL désire et espère poursuivre un franc dialogue avec la Conférence épiscopale en parlant un langage clair et évangélique. Il compte sur la collaboration du plus grand nombre possible des femmes et des hommes composant, à Bruxelles et en Wallonie, le peuple de Dieu. En ce sens, il veut s’inscrire dans la ligne du renouveau de l’Eglise qu’a initié le concile Vatican II.

Tous les jours, des chrétiens et chrétiennes nous interpellent pour que nous les aidions à être entendus par les responsables de l’Eglise, que nous parlions un langage clair et franc et que nous aidions l’Eglise à pratiquer l’Evangile en vérité.

L’Equipe d’Animation du Conseil Interdiocésain des Laïcs

Peter Annegarn (Président) – Michel Kesteman (Conseiller théologique) – Patricia Fyon - Jo Marichal – Jean van der Rest

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[1Charles Delhez dans l’édito de DIMANCHE, 31 octobre 2010

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