Sillages
La lettre du Conseil Interdiocésain des Laïcs

Périodique trimestriel

Octobre-Novembre-Décembre 2013

Au sommaire :
A la une > D’importants (r)appels
La parole à... > Quand Caritas rime avec carrefour
Gros plan sur... > Rencontre Évêques – C.I.L.
Pauvretés et Solidarités > A toi mon toit
A noter > « Textos cathos » - “Apparitions mariales : mythe ou réalité ?” - Bourgeons d’espérance

A la une

D’importants (r)appels

D’importants évènements de 2013 et de nombreux enjeux à relever en 2014 ne peuvent laisser indifférents les membres du Conseil Interdiocésain des Laïcs (C.I.L.) et autres chrétiens et citoyens.

Les élections européennes seront une occasion d’évaluer où en sont l’Union européenne et ses pays membres par rapport aux objectifs de l’unification, tant au plan interne que vis-à-vis du monde, du fait, notamment, que ladite Union a été faite Prix Nobel de la Paix 2012.

Pour la Belgique, il faudra voir si et comment pourra se poursuivre la mise en application du fédéralisme, dans le respect réciproque des particularités des diverses entités qui font la richesse de notre pays et à la suite de la sixième réforme de l’Etat.

Concernant l’Église catholique se pose, en son sein et en dehors, la question de savoir jusqu’où elle pourra aller, sous la conduite du pape François, pour redynamiser « l’aggiornamento » voulu par le concile Vatican II et vécu, non sans peines, depuis un demi-siècle. C’est spécialement le cas en ce qui concerne la participation des laïcs à la vie et à la conduite de l’Eglise catholique.

A ce sujet, au colloque « Envoyés pour servir » organisé par le C.I.L., l’Enseignement catholique et Caritas pour remercier leur évêque référendaire, Mgr Jousten, celui-ci a invité les laïcs à l’action et à la participation basées sur la confiance réciproque. Mais un religieux lui a fait remarquer que les jeunes prêtres ont tendance à vouloir en revenir à un mode de gestion reposant sur l’autorité des clercs.

Ce colloque a aussi été marqué par la projection du film « Joseph l’insoumis » consacré au père Wresinski, fondateur du mouvement ATD.Quart-Monde. De plus, des interventions et échanges ont tourné notamment autour des dimensions données à la Charité et à la Justice. De là ce rappel par un laïc de cette affirmation forte du premier synode des évêques tenu après Vatican II : « le combat pour la justice et la participation à la transformation du monde nous apparaissent pleinement comme une dimension de la proclamation de l’Evangile. ».

De leur côté, nos médias ont rappelé qu’un enfant sur trois et un senior sur cinq vivent sous le seuil de pauvreté dans notre pays (cfr aussi les dossiers Vivre Ensemble de 2011, 2012 et 2013). De là diverses interpellations vis-à-vis des mesures politiques qui sont prises en cascade et qui frappent particulièrement les plus pauvres, les mal-logés, les chômeurs et les immigrés.

D’où encore ce rappel d’une conviction du père Wresinski : « Tant que le pauvre ne sera pas écouté, les mesures prises pour lui ne seront que des gestes par-à-coups répondant à des exigences superficielles et d’opportunité. » !

A nous de ne pas oublier ces fortes interpellations !

La parole à...

Quand Caritas rime avec carrefour

Caritas est connu en Belgique comme acteur sur le plan de la solidarité internationale dans le domaine de l’urgence et du développement. Moins connu est son rôle joué en Belgique.

Traditionnellement, les organisations qui forment Caritas en Belgique se répartissaient en deux catégories assez différentes : les organisations de solidarité (Caritas international, Caritas Secours, Action Vivre Ensemble, Entraide et Fraternité) et un secteur institutionnel regroupant des fédérations d’institutions telles qu’hôpitaux et maisons de repos, services d’hébergement pour personnes atteintes d’un handicap, pour jeunes en difficulté, etc.
Ces deux secteurs ont fortement évolué et continuent à le faire, de façon assez différente au nord et au sud du pays.

C’est ainsi que Caritas Vlaanderen a récemment redéfini son rôle comme celui d’un « carrefour » à la rencontre de trois thématiques : la lutte contre la pauvreté, la promotion du volontariat et la vision chrétienne de la « diaconie » ou « service du frère ».

Une autre évolution à la fois récente et importante est la collaboration de plus en plus étroite entre les organisations « Caritas », dont plusieurs ont emménagé au 39 rue… de la Charité , à Bruxelles.

Un tel rapprochement se justifie par le souci d’une cohérence accrue et par celui d’une meilleure articulation entre deux fonctions de Caritas :

- une fonction opérationnelle, comme prestataire de services à destination de publics particulièrement vulnérables comme les réfugiés et demandeurs d’asile ou les personnes sans abri ;
- une fonction de nature plus politique, tant à travers des prises de position et des interpellations que par une participation active à la mise en réseau du secteur associatif, et de l’associatif chrétien en particulier.

La conciliation entre ces deux fonctions constitue un défi permanent. En effet, vouloir que la fonction opérationnelle dépasse le seul stade symbolique et prétende à une certaine forme d’efficacité implique fréquemment une forme de partenariat avec des pouvoirs publics dont il faut veiller à ce qu’ils ne compromettent pas l’indépendance que requiert la deuxième fonction. Il s’agit donc de trouver une forme adéquate d’interdépendance, à égale distance d’une dépendance aliénante et d’une indépendance désincarnée.

Ce qui se joue ainsi est l’unité indispensable à laquelle on doit tendre sans cesse entre les valeurs de solidarité, de subsidiarité et de responsabilité, thème qui nous mobilise notamment dans la perspective des trois scrutins électoraux de 2014. Il faut, en particulier, insister sur le fait que la subsidiarité, concept inhérent au personnalisme chrétien, ne peut jamais être invoquée comme prétexte au repli sur soi et mettre à mal la valeur de solidarité.

Un autre thème mobilisateur est celui de l’hospitalité et du droit au logement, entendu dans le sens large de l’accueil et du soin du « prochain », à l’image de la parabole du bon samaritain qu’évoque notamment l’encyclique « Deus caritas est ».

La priorité à accorder au thème du logement est apparue lors de la célébration du 80ème anniversaire des activités de Caritas en Belgique. Elle a été identifiée au même moment par le C.I.L. et l’homologue flamand de ce dernier, l’Interdiocesaan Pastoraal Beraad (IPB), y a souscrit immédiatement. Mais il s’agit bien plutôt, en réalité, de la redécouverte d’un des fondements de Caritas.

Lors des phases successives de son développement, étroitement lié à l’évolution des congrégations religieuses, Caritas a, en effet, toujours mis l’hospitalité au centre de son action, tant sous la forme des institutions d’hébergement que sous celle de l’accueil des migrants et demandeurs d’asile. Toutefois, ce n’est que sous cette dernière forme que Caritas reste mandatée pour agir « directement ». Car, dans tous les autres domaines, l’autonomie prise par les organisations liées à Caritas a provoqué une prise de distance qui l’on peut concevoir à la fois comme un passage à l’âge adulte et comme un éloignement par rapport à l’inspiration des fondateurs. Aussi, une étape importante a été franchie lors de l’hiver 2010-2011 avec l’opération « SOS accueil » qui a vu Caritas International, en coalition avec d’autres acteurs pluralistes, héberger plus de 200 personnes sans abri et attirer l’attention du public sur l’importance de la « crise de l’accueil » des demandeurs d’asile. Cette opération a été couronnée de succès puisqu’a été mise en place une nouvelle politique, dont on peut toutefois craindre, à présent, qu’elle n’ait été trop loin…Mais Caritas avait renoué avec un rôle de plaidoyer qui s’était estompé. Il s’agit de poursuivre sur cette lancée et de développer l’approche « opérationnelle ». Tel est le défi que Caritas relèvera début 2014 lors du dimanche de la Sainte-Famille sous le thème « Un toi-t pour un enfant », en soutenant des projets menés en Belgique au… carrefour des thématiques de l’hospitalité et de la pauvreté des enfants.

Patrick De Bucquois, secrétaire général de Caritas Belgique francophone et germanophone

Gros plan sur...

Rencontre Évêques – C.I.L.

Ce samedi 14 décembre 2013, les membres du C.I.L. se sont réunis à Louvain-la-Neuve afin de rencontrer les évêques (ou leurs représentants) des différents diocèses belges francophones. Cette initiative visait à accentuer la présence du C.I.L. au niveau interdiocésain, ainsi qu’à améliorer la coopération entre les diocèses et les laïcs engagés dans les diverses organisations représentées.

Malgré un radieux soleil d’hiver propice aux promenades à l’extérieur, la salle du Collège Leclercq de l’U.C.L. était quasiment pleine ce matin-là, signe indéniable de l’intérêt que suscitait cet évènement inédit auprès des membres adhérents du C.I.L.. De fait, c’est dans une atmosphère chaleureuse et conviviale que, pendant plusieurs heures, les autorités épiscopales de Belgique francophone ont dialogué avec les représentants des catholiques "de la base."

On comptait là le nouvel évêque de Liège Mgr Delville, l’évêque auxiliaire pour Bruxelles Mgr Kockerols, le chanoine Eric Mattheeuws, adjoint à l’évêque auxiliaire du Brabant wallon, ainsi que Patrick De Bucquois qui, sans représenter officiellement l’évêque de Tournai Mgr Harpigny, était cependant présent en tant que membre de l’équipe de pilotage du synode qui s’est récemment tenu dans ce diocèse. L’évêque de Namur Mgr Vancottem n’avait pas pas pu envoyer de représentant à cette rencontre, ce qui fut regretté.

Cette rencontre était la première par laquelle le C.I.L. invitait les différents évêques de Belgique francophone à venir faire part de leur action dans leurs diocèses. "Il y a à peu près 12 ans que l’équipe d’animation rencontre les évêques, déclare Jo Marichal, qui était membre de celle-ci. Cela se fait au rythme d’une fois par an environ. Lorsque le C.I.L. a fêté ses 50 ans en 2006, le cardinal Danneels nous a encouragés à continuer notre action. Cela a été le point de départ d’une nouvelle relation avec l’épiscopat, et c’est dans cette optique que nous avons imaginé la rencontre d’aujourd’hui."

Cinq grandes questions

Afin de baliser cette rencontre, chaque évêque ou représentant épiscopal était invité à répondre à cinq questions : Quel est mon rêve, en tant qu’évêque, pour mon diocèse ? Quels sont nos moyens pour passer du "désirable" au "réalisable" ? Quelle serait la place spécifique des laïcs dans la mise en œuvre de ces moyens ? Quelle peut être l’articulation entre la pastorale épiscopale et la pastorale des différents mouvements d’Eglise (généralement interdiocésains) ? Et enfin, qu’attendez-vous du C.I.L. - quels services pouvons-nous rendre - afin d’assurer cette articulation ?

Tour à tour, Mgr Delville, Eric Mattheeuws, Mgr Kockerols et Patrick De Bucquois s’attachèrent à répondre à ces cinq grandes interrogations. Récemment nommé évêque de Liège, le premier cité n’a pas caché qu’il en était encore au stade de la découverte et que, par conséquent, il se situait encore davantage dans le rêve que dans la réalité. Un rêve qui s’inspirait d’ailleurs des quatre grandes constitutions de Vatican II, parmi lesquelles Gaudium et spes et Lumen gentium. Il devait insister notamment sur la nécessité d’une dimension communautaire de la réalité ecclésiale, l’importance du rôle des femmes en son sein, ainsi que l’annonce de la parole de Dieu.

"Mon Dieu, Bruxelles !"

Eric Mattheeuws, quant à lui, évoqua les trois grands chantiers qui sont actuellement en œuvre dans le du vicariat du Brabant wallon. Premièrement, le "chantier-paroisses" visant à décloisonner géographiquement celles-ci, à redécouvrir leur dimension missionnaire, ainsi qu’à établir des synergies entre elles. Deuxièmement, le "chantier-jeunes" dans une province qui, si on la comparait avec un morceau de gruyère, comporterait peu de fromage et beaucoup de trous ! Et troisièmement, le "chantier-catéchèse" qui consiste à faire évoluer le schéma ancien de la catéchèse vers un renouveau de celle-ci.

Après la "pause-sandwiches", ce fut au tour de Mgr Kockerols de prendre la parole, et ce non sans humour. Il raconta en effet que, lors de sa rencontre avec le pape Benoît XVI qui suivit sa nomination comme évêque, il avait à peine ouvert la bouche pour dire que son diocèse était celui de Bruxelles que le successeur de saint Pierre s’exclama : "Mon Dieu, Bruxelles ! Là où il y a tant de problèmes !". Et Mgr Kockerols d’énumérer les six grands défis qui sont ceux de son vicariat, et qui sont propres aux spécificités de la capitale de l’Europe. Enfin, il revint à Patrick De Bucquois de clore cette belle rencontre en offrant aux membres du C.I.L. présents un éclairage lumineux et réaliste sur le synode qui a récemment eu lieu dans le diocèse de Tournai.

Louis MATHOUX

Le C.I.L. s’est récemment fait le "passeur" du questionnaire concernant le Synode des familles en proposant aux organisations plus impliquées dans les questions de familles ou de couples d’y répondre. Les membres du C.I.L. sont invités à se partager leurs réponses. Celles-ci seront ensuite publiées sur le site internet de notre organisme. D’autre part, le C.I.L. a apprécié la prise de position commune des chefs religieux de Belgique à propos de l’extension concernant les enfants de la loi sur l’euthanasie.

Pauvretés et Solidarités

A toi mon toit

Après l’avoir fait au sujet des enfants et des jeunes en 2011 et 2012, la campagne de l’Avent 2013 organisée par Vivre Ensemble a mis l’accent sur les 20 % des personnes aînées qui sont victimes de la pauvreté chez nous. Parmi la centaine de projets à soutenir, figure un certain nombre d’activités intergénérationnelles. Ainsi, « A toi mon toit », créé en 2011 par l’asbl Compagnons, veut, à travers l’appui à des projets d’habitat groupé, garantir le droit à un logement décent pour les personnes disposant de petits revenus à travers dans les régions de Mons et d’Ath. C’est le cas avec « l’habitat kangourou » où une personne âgée et une famille partagent une même maison. Ce service Logement porte une attention particulière aux personnes âgées ainsi qu’à celles qui sont en situation de handicap.

A toi mon toit, 8, square Roosevelt, 9000 Mons et 13, marché aux Tuiles, 7800 Ath. Tél : 068.45.52.28. Courriel : annick.depraetere@atoimontoit.be et www.atoimontoit.be. Mais aussi Action Vivre Ensemble, 32, rue du Gouvernement provisoire, 1000 Bruxelles. Tél : 02.2276680. Courriel : vivre.ensemble@entraide.be et www.vivre-ensemble.be

A noter

« Textos cathos »

Avec pour sous-titre « L’Evangile au quotidien », ce petit livre est dédié au pape François par Olivier Le Gendre. Selon l’auteur, «  ce ne sont pourtant pas des ‘ textos purement cathos’, car ils se référent à l’Evangile dont se réclament les chrétiens dans leur ensemble, et pas simplement les catholiques. D’où le sous-titre.  ». Après chacun des plus de soixante textos, ou sms pour les Français, des courtes phrases d’Evangile, que Le Gendre illustre par une méditation très personnelle : « Mes choix n’engagent que moi, mais vous vous prendrez peut-être au jeu de chercher le rapport entre la citation de l’Evangile et la méditation. ». Ce livre est à conseiller pour servir de nourriture spirituelle quotidienne.

Olivier Le Gendre , « Textos cathos », Salvator , Paris 2013,142 p, +/- 16 €.

“Apparitions mariales : mythe ou réalité ?”

Membre du C.I.L. , Louis Mathoux présente dix-neuf lieux d’apparitions, des plus connus (Lourdes, Fatima, Banneux) aux plus mystérieux (Kibeho au Rwanda et Medjugorje en Bosnie). Il décrit en détail l’histoire de ces apparitions et livre ses réflexions sur chacun de ces phénomènes. Un tableau comparatif précis complète utilement l’ouvrage et un résumé des messages délivrés lors des apparitions enrichit l’exposé.
Facile à lire, ce livre se termine par le chapitre « Qu’en penser ? ». Au lecteur de faire un travail de discernement. Selon l’éditeur, « un tel travail n’avait encore jamais réalisé ».

Louis Mathoux, « Apparitions mariales : mythe ou réalité ? », Editions Mols (DDB), Wavre 2013 190p, +/- 20 €.

Bourgeons d’espérance

Pour l’abbé Henri Wéber, fut important, voire essentiel pour Jésus le thème du Royaume (ou Règne) de Dieu (ou des cieux) que les Evangiles citent plus de cent fois, mais sans en donner de définition. Les récits de vingt-quatre rencontres vécues parmi les personnes divorcées ou en Terre sainte montrent que ce Royaume est bien présent dans notre monde pourtant si cruel et que nous pouvons le rencontrer si nous ouvrons les yeux, à la suite de Jésus qui a consacré peu de temps à créer une Eglise, mais qui a appelé Royaume les réalités qu’il trouvait belles.

Henri Wéber, « Quand bourgeonne l’espérance-24 récits tout simples », Editions Fidélité, Namur 2013.

La lettre du Conseil Interdiocésain des Laïcs

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