Sillages
La lettre du Conseil Interdiocésain des Laïcs

Périodique trimestriel

Novembre décembre 2011 - janvier 2012

Au sommaire :
A la une > Il est plus que temps
La parole à... > Commission Interdiosésaine de Pastorale Familiale. CIPF.
Gros plan sur... > L’amour et le vivre ensemble
Pauvretés et Solidarités > L’Archipel
A noter > « Avance et tu seras libre » - Biodiversite

A la une

Il est plus que temps

C’est la lettre ouverte qui suit pour « ré-enfanter l’Eglise au souffle de l’Esprit » que l’Equipe d’Animation du Conseil Interdiocésain des Laïcs (C.I.L.) a adressée à nos frères chrétiens, laïcs, clercs et évêques le 2 novembre dernier :

Nous tous qui sommes baptisés, nous por tons ensemble la responsabilité de la proclamation et de la mise en application de l’Evangile. Au cours des derniers mois, la crise s’est développée d’une manière accélérée dans notre Eglise. Les évènements qui se sont succédé ont fait surgir des sentiments d’impuissance, de colère et d’incrédibilité. Si « l’Eglise est profondément sinistrée dans notre pays », comme l’écrit un de ses ministres, nous ne pouvons pas rester en témoins muets face aux problèmes manifestes que nous observons dans les rouages de l’Eglise. Chaque baptisé doit se sentir concerné et non seulement pouvoir réagir, mais aussi se sentir le devoir de se manifester, seul ou avec ceux qui par tagent sa foi, et se résoudre à un examen de conscience plus approfondi avec la hiérarchie. Nous pensons qu’il est plus que temps que nous, les laïcs, nous soyons des partenaires à part entière dans les défis à relever par l’Eglise. C’est Benoît XVI lui-même qui, en mars dernier, proclamait : « la nécessité d’un changement de mentalité dans l’Eglise, surtout à l’égard des laïcs, pour promouvoir, dans le respect des vocations et des rôles (...) la coresponsabilité de tous les membres du peuple de Dieu ». Prenons-le au mot.

C’est ce qu’ont écrit nos collègues de l’IPB, l’équivalent flamand du CIL : « La communauté ecclésiale doit communiquer plus ouver tement et plus clairement, appor ter des modifications structurelles dans l’Institution. Les évènements récents ne doivent pas être l’affaire des seuls clercs. Où se réalise la réflexion fondamentale au sein de l’Eglise ? Nous devons constater qu’aucune structure démocratique ne permet une discussion fondamentale, concertée au sein du peuple de Dieu. Malgré le concile Vatican II, il ne s’est jamais développé une véritable égalité entre clercs et laïcs, surtout parce que les responsables de l’autorité et de l’organisation de l’Institution veulent clairement maintenir leur pouvoir. Il faut casser la structure patriarcale si nous voulons aboutir à de véritables concertations ».

De notre côté, rappelons deux des dix propositions formulées cette année par le CIL à la suite d’un travail de réflexion et de consultations de plusieurs années : « Petites ou grandes, les communautés doivent se prendre en charge sans attendre ou suivre aveuglément des consignes venues d’en haut » et « Promouvoir en toute occasion le dialogue : il n’y a pas deux classes de chrétiens, les clercs (sacralisés) ... et les autres.Tous sont prêtres, prophètes et rois » (Voir www.cil.be) .

C’est pourquoi nous nous sommes mis autour de la table pour réfléchir ensemble à ces questions.

La parole à...

Commission Interdiosésaine de Pastorale Familiale. CIPF.

Secrétariat : Rue de la Linière 14 à 1060 Bruxelles.

Que peut on mettre derrière ces mots ?

Une commission, d’après le dictionnaire, est un ensemble de personnes désignées ou choisies en son sein, par une assemblée, pour étudier et proposer des projets, surveiller divers actes, coordonner des actions ou permettre l’échange d’informations. D’entrée de jeux, le mot « surveiller » doit être entendu dans son sens positif d’éducation, de conseiller, et absolument pas dans un sens de « gendarme ». La commission n’en a d’ailleurs ni la volonté ni le réel pouvoir.

Son modus operandi est assez classique, avec un bureau composé de l’évêque référendaire, en ce moment Mgr Warrin, un trésorier, une secrétaire et deux ou trois représentants des diocèses, et une assemblée générale. Cette commission regroupe donc les responsables des différentes équipes de pastorale familiale de chaque diocèse ou vicariat francophones, accompagnés de quelques membres de ces équipes, mandatés par leur évêque.

Que fait la commission ?

- Au cours de ses rencontres, la CIPF propose des journées de travail, avec un thème qui est le reflet des soucis ou des joies des pastorales familiales ou qui aborde une problématique spécifique comme, par exemple, « comment durer en couple ? ».

Il n’entre pas dans ses objectifs de donner des réponses toutes faites, mais bien de susciter une réflexion sur un sujet commun, afin que chaque diocèse puisse apporter sa collaboration, sa participation et sa sensibilité propre pour répondre à la question et ensuite, s’il y a lieu, déterminer une action générale, dont la mise en place reste du ressort autonome de chaque diocèse ou vicariat.

Les préoccupations actuelles de la commission étant surtout axées sur l’approche du « couple » dans toutes ses acceptions, la part belle est donnée d’une part aux rencontres de préparation au mariage, et d’autre part aux rencontres avec les personnes qui vivent des situations de séparation, divorce, remariage, avec les familles monoparentales ou recomposées, etc.

Il est important de souligner ici que ces situations difficiles font clairement l’objet d’une très grande attention de la part des pastorales familiales et que l’accueil qui est fait à ces problématiques et aux personnes qui sont derrière, ne reflète en rien les clichés selon lesquels les personnes divorcées, séparées seraient « bannies » de l’Eglise, bien au contraire !

- Après ces travaux sur un thème donné, la commission aborde la présentation des réalisations et des préoccupations des pastorales familiales propres à chaque diocèse ou vicariat. Chaque équipe rapportant alors au groupe le résumé de son action sur le terrain. Ce temps fort d’échange et d’écoute de ce qui se vit et se réalise ailleurs est source d’inspiration pour chacun, les idées étant toujours bonnes à prendre dans la réalisation d’une pastorale difficile. En effet, la pastorale familiale à elle seule pourrait rassembler pratiquement toutes les pastorales. Quel lieu peut-il mieux convenir pour une pastorale de baptême, que la famille où est né l’enfant ? Quel lieu meilleur que la famille pour élaborer et développer une pastorale des vocations ? Y a-t-il meilleur endroit que la famille pour rencontrer les pauvretés ou accompagner des souffrants et des malades dans leur milieu de vie, et in fine, dans la pastorale du deuil ? Car c’est encore et toujours au sein de la famille que cela se joue pour l’essentiel.

Comme on peut le voir dans cette façon d’aborder les choses, la pastorale familiale aurait donc une tâche de travail énorme et il est clair que ce n’est pas réalisable.

Cependant, longtemps cantonnée dans la préparation au mariage et à tout ce qui entoure le couple, la pastorale familiale doit évoluer vers une offre de contacts avec tous les acteurs spécifiques, en centralisant en son sein non pas les acteurs de terrain (chaque pastorale propre continuant à exister et à travailler indépendamment), mais la coordination de tout ce qui se vit et existe au cœur de nos diocèses ou vicariats et où la famille est impliquée d’une quelconque façon.

Devenant lieu de rencontres, d’informations, de journées de fêtes, de rassemblements des familles, la pastorale familiale (bien que le sujet devrait plutôt être la CIPF) pourra jouer pleinement son rôle qui lui est propre, d‘« animer » les familles.

La commission a donc une place d’importance dans la coordination des actions qui sont menées comme soutien aux uns et aux autres dans leurs engagements, comme aiguillon qui agace parfois mais qui fait avancer.

Majoritairement composées de laïcs, pour la plupart bénévoles, les équipes de pastorales familiales qui composent la commission, sont plongées au cœur de nos paroisses et se veulent être le reflet du ressenti de la population.

Soucieuse donc de prendre en compte les différentes facettes qui font la « famille », la commission essaie de se tenir informée de ce qui se vit dans notre Eglise. C’est aussi une des raisons de sa présence au sein du CIL.

Bernard Delzenne,
délégué de la CIPF au CIL.

Gros plan sur...

L’amour et le vivre ensemble

Parmi les récentes activités du Conseil Interdiocésain des Laïcs a figuré son engagement dans l’organisation de la 3e journée de réflexion du groupe Altercité qui avait pour thème « L’amour suffit-il pour vivre ensemble ? »

Altercité-Chrétiens en forum est un groupe informel de chrétiens qui sont engagés dans la vie sociale et politique de notre pays et éprouvent le besoin de réfléchir à la manière de vivre en chrétiens au sein de la société actuelle.

De l’individuel au collectif

« S’il s’agit aujourd’hui comme hier, explique Altercité, de prendre soin de tout l’homme et de tous les hommes, y compris les plus marginaux et les plus démunis, de nouveaux problèmes de société surgissent et des difficultés que nous avions cru dépassées ressurgissent. Tout cela exige des réponses nouvelles. Nous ne pouvons plus simplement reproduire des modes d’actions anciens, nous devons innover. Cela n’est pas toujours à notre portée individuelle, mais ensemble nous pouvons y arriver. »

A l’actif de Altercité, dont l’ancienne parlementaire Clotilde Nyssens est la cheville-ouvrière, il y a l’organisation de conférences : de l’écrivain Jean-Claude Guillebaud (« Quelle sera la prochaine révolution ? Sens et engagements »), de la présidente de Sant’Egidio Benelux Hilde Kieboom, du psychiatre et psychanalyste Jean-Pierre Lebrun et de l’exégète André Wenin sur le thème de la violence, ainsi que de Laurent de Briey, philosophe et économiste. [1]

Une 3e et riche journée de réflexion

Altercité a aussi mis sur pied des journées de réflexion annuelles, dont les éditions de 2009 et de 2010 s’étaient intéressées aux moyens pour sortir de la violence et au goût de la vie. Coorganisée par le C.I.L., la 3e journée a réuni plus de cent personnes en octobre dernier à Louvain-en-Woluwe sur le thème « L’amour suffit-il pour vivre ensemble ? ».

Professeur aux Facultés N-D de la Paix à Namur, Jean-Michel Longneaux a expliqué que les sociétés se soudent par un besoin d’union face à un ennemi commun et par une vision commune qui permet d’affronter la peur de la mort et est normalement articulée autour de quatre discours : scientifique, économique, juridique et religieux. Et pour vivre ensemble, c’est l’amour qui compte. Mais il y a beaucoup d’écueils. De plus, vouloir que l’amour amène à une réconciliation universelle est de l’ordre de l’imaginaire, une espérance qui flatte les trois désirs qui nous animent : le désir de toute-puissance, le désir de fusion et le désir que l’amour ait toujours raison. Mais la vie réelle nous en fait découvrir le caractère illusoire. Nous devons donc nous méfier du rêve de l’angélisme, ne pas pour autant nous résigner et, au contraire, avoir le courage d’aimer malgré le fait que notre amour ne sera jamais à la hauteur. Paradoxalement, c’est dans l’amour que nous trouverons la force de faire face à ces défis. Malgré imperfections et malentendus, l’amour qui nous pousse vers les autres est une joie, il nous procure du bonheur. Et avoir été aimé pour ce qu’on est, nonobostant la solitude ou la finitude de l’amour, ça permet de ne pas s’évader dans les rêves.
Remplaçant la Burundaise Maggy Barankise, l’animatrice de groupes bibliques Véronique de Stexhe a examiné l’amour à la lumière des deux chapitres de la Genèse consacrés à la création et mis en avant l’importance d’un 7e jour. Pour elle, ainsi que l’a écrit Louis Mathoux, dans l’hebdomadaire « Dimanche », « une relation d’amour ne peut s’instaurer que s’il existe une distance entre le moi et l’autre. Distance qui est symbolisée par l’arbre de la connaissance planté entre Adam et Eve, tant il est vrai que chacun d’eux recèle toujours une part d’inconnaissance aux yeux de l’autre. ».

Invité à exprimer sa vision de l’amour comme ressort de la vie collective, le psychiatre Philippe van Meerbeeck a dit l’importance de parler de l’engagement aux jeunes d’aujourd’hui et rappelé que le message évangélique est parvenu jusqu’à nous avec saint Paul et son « L’amour est plus fort que la mort ».

Comme professeur de sociologie et président d’Entraide et Fraternité-Vivre Ensemble, Michel Molitor a relevé qu’il fallait analyser et déconstruire pour construire, mais aussi proposer pour le vivre ensemble. Il faut reconnaître chacun comme sujet et manifester la tendresse de Dieu aux plus petits. Mais à côté des solidarités proches, il faut transformer des mécanismes sociaux et faire mettre en place les règles et structures qui rendent les droits effectifs.

Travaillant au sein du Mouvement social des aînés, Anne Jaumotte a montré qu’il fallait rendre les personnes âgées sujets et acteurs de leur vie jusqu’au dernier jour et combattre les stéréotypes : leur expérience de vie est un potentiel ; chaque génération apporte quelque chose à la société ; si l’on ne centre pas tout sur ce que l’on perd, on peut encore élaborer des projets.

Enfin, quatre ateliers ont, toujours en lien avec l’amour, encore abordés les thèmes du couple et de la famille, de la solidarité internationale, des religions et de la loi.

Comme l’a noté Sylvie Kempgens, déléguée des communautés de base au C.I.L., en faisant écho aux propos de Michel Kesteman, conseiller théologique du C.I.L., « tout cela nous invite, nous aussi, chacun à notre façon, à être ‘compatibles’ avec les autres, à nous avancer dans des chemins de justice grâce à l’amour reçu, à concrétiser notre amour du voisin en engagement citoyen. ». [2]

[1www.altercite.be ou info@altercite.be

[2« L’amour suffit-il pour vivre ensemble ? » dans « Communautés en marche », N°93, décembre 2011, pp.45-47.

Pauvretés et Solidarités

L’Archipel

A Houffalize, ville située au cœur des Ardennes, il y a aussi des personnes qui sont marginalisées et précarisées. Ce sont le plus souvent des adultes isolés culturellement, socio-économiquement, géographiquement ou affectivement. Vivant en marge du monde du travail, ces personnes bénéficient parfois d’une allocation de chômage, d’une indemnité de la mutuelle ou du revenu d’intégration sociale. Mais elles connaissent, malgré tout, souvent des situations financières précaires ou sont surendettées. On retrouve aussi parmi elles des demandeurs d’asile et des enfants dont les parents vivent d’importantes difficultés.

Aussi, dans cette ville, c’est à travers différents ateliers (cuisine, couture, alphabétisation, soutien scolaire, découverte du pays, informatique ou « pour être bien dans sa tête ») et d’autres activités comme des après-midis récréatives que « L’Archipel », service de réinsertion sociale, offre à des personnes défavorisées de renouer des contacts avec les autres, de se valoriser au sein de groupes et de retrouver ainsi un rythme de vie et une place dans la société. « Nous voulons les responsabiliser pour qu’ils puissent à long terme sortir du rôle d’assistés », dit-on à « L’Archipel ». Cependant, les ateliers proposés sont gratuits et engendrent un déficit, alors qu’ils sont indispensables dans le cadre du travail d’insertion sociale et qu’ils répondent à une réelle demande de la population précarisée. C’est pourquoi « L’Archipel » avait sollicité l’Action Vivre Ensemble pour pouvoir acheter un four destiné aux ateliers Cuisine grâce à des fonds attendus de la dernière campagne d’Avent.

Contact : L’Archipel, rue de Schaerbeek, 20, 6660 Houffalize. Tél : 061.278507. Courriel : archipel.houffalize@gmail.com

A noter

« Avance et tu seras libre »

Mgr Gaillot s’entretient avec deux journalistes à propos de ces années depuis qu’il a été chassé de l’évêché d’Evreux en 1995. Il partage ses soucis et engagements au service des déshérités, sans-abri, sans-papiers, ... Il s’exprime librement sur l’Eglise, la société et les pouvoirs qui briment l’être humain : « prenez des risques, prenez des coups, mais ne vous taisez pas ! ».

Un regard en arrière et en avant d’un Evêque à la retraite à 75 ans. A propos de l’Eglise il dit : « ... l’on doit profiter de cette crise pour admettre enfin combien l’Eglise peut se trouver en décalage avec l’évolution de la société. (...) le plus difficile reste à faire : s’interroger sur les rouages de notre institution. ».

Ce livre est d’une actualité brulante. Jacques Gaillot - « Avance et tu sera libre » - Payot, Paris, 2010 – 200 pgs – €16 « à propos des années vécues depuis » de Jacques GAILLOT

Biodiversite

Très récemment, la biodiversité a fait l’objet d’un colloque international qui a eu lieu au Japon. Les défenseurs de la biodiversité ont réussi à la faire reconnaître comme indispensable à l’avenir de notre planète. Mais que savons-nous sur le sujet, en dehors de l’effondrement des populations d’abeilles ? Pour en savoir plus, et même beaucoup plus, il faut lire « Les dons précieux de la nature » de Jean-Marie PELT, venu au printemps donner des conférences en Belgique, notamment à Louvain-la-Neuve. Aux Editions FAYARD - janvier 2010 - 227 p. - €20,20

La lettre du Conseil Interdiocésain des Laïcs

Pour mener ses activités, le C.I.L. ne dispose à présent que d'un soutien réduit de la Conférence épiscopale, des cotisations de ses membres et de dons de sympathisants. Tout don versé à son compte sera dès lors le très bienvenu.
BE43 7995 5016 4501 (BIC : GKCCBEBB)
Amis du CIL, 1040 Bruxelles.