Sillages
La lettre du Conseil Interdiocésain des Laïcs

Périodique trimestriel

Juillet - août - septembre 2013

Au sommaire :
A la une > Pape François : la rupture dans la continuité
La parole à... > La Communauté Sant’Egidio
Gros plan sur... > Un évêque référent apprécié
Pauvretés et Solidarités > Un resto pas comme les autres
A noter > Paroles chrétiennes d’Afrique

A la une

Pape François : la rupture dans la continuité

Six mois après son accession au trône pontifical, le premier pape sud-américain de l’Histoire a déjà clairement affirmé son style : retour aux valeurs de base de l’Evangile, volonté de réformer le gouvernement de l’Eglise, mais aussi fermeté sur le volet des questions éthiques. Analyse.

Chacun se souvient encore des premiers mots adressés, le 13 mars dernier, à la foule rassemblée sur la place Saint-Pierre par celui qui n’était encore, quelques minutes plus tôt, que l’archevêque de Buenos Aires : Buena sera a tutti !... D’emblée le ton était donné : préférant l’appellation « Pape François » à celle, plus pompeuse, de « François 1er », Jorge Mario Bergoglio mettait résolument l’accent sur les valeurs de simplicité, d’humilité et de service des pauvres. Le tout avec un sourire de bonté qui n’avait rien de factice.

Cette volonté de retour aux fondamentaux chrétiens s’est déjà traduite par plusieurs gestes forts. Ainsi, à l’occasion du Jeudi saint, il a lavé les pieds de dix hommes et de deux femmes - dont une Serbe musulmane. Le 24 avril, il a promis aux grands-mères de la Place de mai - ces femmes qui se battent pour obtenir la vérité sur les atrocités commises sous la dictature argentine - l’ouverture prochaine des archives de l’Eglise à ce sujet. Et lors de la Fête du Travail, il a dénoncé en termes très durs le chômage ainsi que le « travail d’esclave » qui gangrènent l’économie de profit actuelle.

Mais le nouveau pape n’a pas pour autant négligé la nécessité de réformer en profondeur les organes dirigeants d’une Eglise récemment discrédité par l’affaire Vatileaks. Soucieux de traduire dans la pratique le principe de collégialité cher aux tenants de Vatican II, il a rapidement constitué un groupe de travail de cardinaux pour le conseiller dans le gouvernement de l’Eglise. De même, le 9 juillet, il a mis sur pied une commission pontificale spéciale dans le but de réformer les structures économico-administratives du Saint-Siège. Son objectif ? Promouvoir des finances saines et transparentes au sommet de l’Eglise.

S’il s’affirme à cet égard comme résolument réformiste, le pape François apparaît par contre fort conservateur sur les questions éthiques - même si cela transparaît peu de la part d’un pape très axé sur le social. On notera cependant que, lors d’une interview récente, il a manifesté son grand respect pour les personnes homosexuelles. Certes, d’aucuns regretteront peut-être son absence d’ouverture dans les dossiers du mariages des prêtres et de l’accession des femmes à la prêtrise. Mais n’est-ce pas pour lui l’occasion, par rapport à ses prédécesseurs, de signifier que la rupture se fait dans la continuité ?

Louis MATHOUX

La parole à...

La Communauté Sant’Egidio

Fruit du concile Vatican II, Sant’Egidio est une communauté de laïcs née à Rome à l’initiative d’un jeune de moins de vingt ans, Andrea Riccardi. Quarante cinq ans plus tard, elle a plus de 60.000 membres implantés dans 70 pays.

La communauté Sant’Egidio (en français : Saint-Gilles) tient son nom de celui de l’église située dans le quartier du Trastevere à Rome, où son centre se trouve aujourd’hui, tandis que celui pour le Benelux est à Anvers.
Sant’Egidio se définit, selon l’Evangile et l’amitié avec les pauvres, par la volonté d’aller vers la périphérie, de dépasser les frontières, en se mettant à l’écoute et au service de l’humanité, là où elle est fragilisée. Dans cette ’théologie de l’amitié’, qui révèle le visage d’un Dieu soucieux des pauvres et des exclus, se trouve le moteur de tous ses engagements qui sont menés communautairement, même si les membres ne partagent pas de lieux de vie commune.

Prière et engagements
La prière accompagne la vie de la Communauté sur les cinq continents. Elle est le coeur et le lieu principal de son orientation générale. À un rythme journalier ou hebdomadaire, cette prière communautaire autour de la Parole recueille le cri, l’aspiration, le désir de paix et de soulagement des hommes et des femmes de notre monde. Cela en fait la première oeuvre de solidarité de la Communauté pour vivre concrètement “l’union de la contemplation et de l’action”.

Partout où les laïcs souhaitent vivre l’esprit de Sant’Egigio, sont organisés des services d’aide et d’amitié avec les pauvres de tous les horizons (enfants, personnes âgées, réfugiés, prisonniers et condamnés à mort, sans-abri, victimes du sida). Sans qu’en soit cachée l’inspiration chrétienne, les différents services sont ouverts à tous ; ils peuvent être prolongés pour les personnes qui le veulent pour des temps de prière, de formation et de réflexion avec des bénévoles.
En Belgique francophone, l’asbl Solidarités au Pluriel coordonne les activités sociales de Sant’Egidio rendues possibles grâce à des bénévoles. Ce sont notamment à Bruxelles et à Liège des Ecoles de la paix situées dans les quartiers multiculturels et défavorisés, des jeunes Friends, l’aide à des personnes âgées isolées ou encore à des sans-abri et gens de la rue. Ce sont ces derniers qu’accueillent les restaurants sociaux Kamiano. Chaque mois, ils offrent gratuitement à une centaine de sans-abris un repas chaud, mais aussi tout l’accueil et l’amitié des bénévoles : de celle-ci, l’image par excellence est celle des repas de Noël où personnes de la rue et bénévoles se retrouvent ensemble à table, traditionnellement dans une église. De plus, aux plus pauvres, Sant’Egidio apporte encore soupe et paroles de réconforts dans les rue de Bruxelles, Namur et Anvers.

Une diplomatie de l’amitié
Envers les peuples, la même dynamique d’amitié préside à l’engagement de Sant’Egidio en faveur du dialogue entre les religions et la résolution pacifique des conflits. Ainsi, les rencontres interreligieuses pour la paix organisées par la Communauté réunissent une fois par an plus de 400 personnalités provenant de soixante pays et représentant les grandes confessions et la vie politique et culturelle européenne et mondiale. Ces rencontres renouvellent l’esprit de la rencontre d’Assise qui avait été convoquée par le pape Jean-Paul II.
En outre, la médiation entre des parties en conflits caractérise l’action de Sant’Egidio au plan international. Cela a démarré au début des années ’90, à la fin du conflit au Mozambique, pays où Sant’Egidio était engagé dans une action humanitaire. Loin de se substituer au travail de diplomates professionnels, la Communauté se présente dans la médiation en tant qu’hommes inspirés religieusement apportant une connaissance du terrain et de la culture locale - sans laquelle toute politique apparaît déconnectée-, ainsi qu’une ’sympathie’ pour l’humanité en difficulté. En harmonie avec le travail des gouvernements et des organisations internationales, les médiations menées par Sant’Egidio n’ont d’autres objectifs que la réconciliation en elle-même.
Ce travail se fait aussi au plan local. Ainsi, dans les Écoles de la paix, les enfants peuvent recevoir une aide scolaire, qui est un point de départ pour une éducation à la diversité et à la paix. De façon plus large, en étant à l’écoute des réalités propres de sa ville, chaque communauté prend des initiatives, telles que les rencontres originales de « trialogue » (juifs, musulmans, chrétiens) à Anvers, la marche pour la paix à Liège, etc...
Soit autant d’occasions de montrer l’importance du vivre ensemble, en se faisant artisans d’une culture de la proximité, de la compassion, de la gratuité et de la fraternité, pour que chacun, en particulier le plus fragile, trouve sa place dans la famille humaine.

Sant’Egidio, rue des Riches claires, 26, 1000 Bruxelles ; bruxelles@santegidio.be et 02.512.45.46 ; place St-Barthélemy, 8, 4000 Liège ; liege@santegidio.be et 0476.71.01.65 et www.santegidio.be

Gros plan sur...

Un évêque référent apprécié

Avec d’autres Liégeois, les clergé et laïcs du diocèse de Liège ont très justement remercié Mgr Aloys Jousten pour tout ce qu’il fut et fit comme évêque parmi eux. De son côté et comme d’autres instances de l’Eglise de Wallonie et de Bruxelles, le Conseil Interdiocésain des Laïcs tient à le remercier pour avoir été à la fois un évêque de terrain et, auprès de lui, un évêque référent présent et actif.

Par fidélité à l’Evangile et selon les apports du concile Vatican II, le Conseil Interdiocésain des Laïcs (C.I.L.) a toujours souligné l’importance du rôle que les laïcs catholiques de Wallonie et de Bruxelles ont à remplir dans la vie de la société et dans celle de l’Eglise catholique.

Aussi, ses membres ont-ils particulièrement apprécié les prises de position et les interpellations répétées de Mgr Jousten à propos de problèmes de société et d’événements dramatiques comme le sort des immigrés clandestins, les suppressions d’emplois dans le groupe sidérurgique Arcelor Mittal, les actes d’homophobie et l’attentat sanglant qui frappa la ville de Liège en 2011. Et c’est aussi le souci de l’humain qui l’amena à qualifier de « vrai témoignage chrétien » l’accueil accordé à Michèle Martin par les soeurs clarisses de Malonne, parce que « un être humain reste un être humain ».

De même, à la veille du Sommet de la Terre tenu à Rio de Janeiro en juin 2012, en tant qu’évêque référendaire d’Entraide et Fraternité-Vivre Ensemble, Mgr Jousten a signé, avec une vingtaine d’archevêques et évêques de tous les continents, un appel affirmant que « le moment est venu de repenser et de reprendre en mains l’avenir de la famille humaine » et invitant les gouvernements à se préoccuper des pauvres ainsi qu’à tracer la voie vers un monde juste et durable.

De plus, d’anciens et actuels membres du C.I.L. se souviennent de sa présence régulière et de ses interventions aux réunions de l’assemblée générale et du conseil d’administration de ce Conseil interdiocésain, alors qu’il fut à diverses reprises dans une position difficile comme évêque référendaire qui devait se situer entre ses mandants - archevêques et autres évêques successifs - et ses interlocuteurs laïcs et autres.

Cette présence au C.I.L., il l’a assumée à côté de ses responsabilités diocésaines et autres, en devant parfois excuser son absence, par exemple pour cause de formation en sociologie urbaine à l’Université de Liège, soit un souvenir notable à propos d’un ancien professeur de théologie et d’un évêque.

On peut aussi rappeler que cet évêque référent avait payé de sa personne lors de la rencontre qu’une délégation du C.I.L. avait eue avec Mgr Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles, et les évêques des diocèses et vicariats francophones, à la fin de la très mouvementée année que 2010 fut pour l’Eglise de notre pays. En effet, cette réunion avait été marquée par la présentation par les membres du C.I.L. des « Dix propositions pour espérer et progresser en Eglise », qui étaient le fruit de toute une série de consultations et qui devaient être à la base du livre « L’Eglise quand même. A l’écoute du Peuple de Dieu ». Or, alors que les évêques avaient jugé ces propositions tantôt judicieuses et très intéressantes, tantôt un peu lapidaires, tantôt pas assez réfléchies, voire infantiles ou immatures ou encore dépassées, Mgr Jousten avait, lui, insisté sur l’importance qu’il y a à se demander ce que veut dire et faire l’Eglise chez nous pour un avenir meilleur et plus adapté aux besoins des gens ainsi qu’afin d’ « être l’Eglise qui... ». (Cfr Sillages n°57). De même, Mgr Jousten ne fut pas étranger à l’élaboration de « l’appel urgent pour un monde durable et équitable » publié en mars 2012 par les Evêques de Belgique, le C.I.L. et le Conseil pastoral interdiocésain néerlandophone (IPB).

Au nom du C.I.L., bien d’autres choses pourraient encore être dites au sujet de Mgr Jousten. Et elles le seront encore. En effet, comme Mgr Jousten a aussi été évêque référent auprès de l’Enseignement catholique et des organisations regroupées dans Caritas Belgique francophone et germanophone, le C.I.L. a voulu se joindre aux responsables de ces instances pour le remercier ensemble et envisager avec lui des défis à relever sur base de l’Evangile et de l’enseignement social de l’Eglise [1].

Enfin, alors qu’il souhaite au Liégeois qu’est Mgr Jean-Pierre Delville d’être à son tour un évêque de terrain dans le grand diocèse dont il est désormais l’évêque, le C.I.L. espère que continuera à être pratiqué la proximité avec laquelle Mgr Jousten a été évêque référent au C.I.L. et ailleurs. [2]

[1A cette fin, aura lieu à Liège une rencontre en l’honneur de Mrg Jousten.
Cette journée qui aura comme thème : « Envoyés pour servir - Quel engagement des chrétiens dans la vie sociale ? » se tiendra au séminaire épiscopal de Liège, rue des Prémontrés, 40.

[2Pour tout renseignement, consultez notre site ou en téléphonant au 02/230 39 27 (Caritas-Hélène Agelacis)

Pauvretés et Solidarités

Un resto pas comme les autres

C’est plus dans une rubrique Richesses qu’il faudrait présenter ce restaurant pas comme les autres qu’est Le Petit Chemin ouvert à Nivelles les midis de tous les jours ouvrables. Géré depuis plus de 30 ans par l’asbl « L’école dans la vie », il est un lieu de stage et de perfectionnement pour adultes déficients mentaux légers et modérés. Il a pour objectif d’apprendre à ces personnes à devenir autonomes par le biais d’une gestion quotidienne et à trouver ainsi une place dans la société. De plus, depuis 1992 et en association avec le CPAS, le Lion’s Club et d’autres partenaires, ce resto, qui fut soutenu à ses débuts par l’Action Vivre Ensemble, allie l’insertion sociale des personnes ayant un handicap avec l’aide aux plus démunis.

Alors, si vous passez par Nivelles, allez y manger le plat du jour ou autre chose, comme l’a fait récemment l’équipe de e-Sillages, après avoir consulté le site web sur lequel on trouve les menus du mois et autres informations, y compris pour la location de la salle pour 90 personnes.

Le Petit Chemin, Bld des Archers, 23b, 1400 Nivelles. Tél : 067.211.711. Site : www.lepetitchemin.be et info@lepetitchemin.com

A noter

Paroles chrétiennes d’Afrique

Dans l’ouvrage à la fois très détaillé et très clair qu’il consacre au IIe Synode africain tenu à Rome en 2009 au sujet de l’ambitieux thème « Au service de la réconciliation, de la justice et de la paix », l’abbé Maurice Cheza, théologien et professeur émérite de l’UCL, reprend les grands textes liés à cette prestigieuse assemblée (rapport général, message final, 57 propositions remises au pape Benoît XVI, ainsi que longue et quelque peu problématique exhortation apostolique de ce dernier). Mais on y trouve aussi fort heureusement une centaine d’avis d’acteurs de terrain que sont les évêques, ainsi que - c’est à souligner tout particulièrement dans ce cadre - des laïcs, femmes et hommes. A noter également un récit des relations vécues entre les Eglises d’Afrique et le Vatican depuis la parution en 1956 du fameux livre « Des prêtres noirs s’interrogent » jusqu’à ce deuxième Synode en passant par toutes les péripéties autour du rêve d’un Concile africain !

Maurice Cheza, le deuxième Synode africain-Réconciliation, Justice et Paix, Paris, Editions Karthala, collection Chrétiens en liberté/Questions disputées, 2013.

La lettre du Conseil Interdiocésain des Laïcs

Pour mener ses activités, le C.I.L. ne dispose à présent que d'un soutien réduit de la Conférence épiscopale, des cotisations de ses membres et de dons de sympathisants. Tout don versé à son compte sera dès lors le très bienvenu.
BE43 7995 5016 4501 (BIC : GKCCBEBB)
Amis du CIL, 1040 Bruxelles.