Sillages
La lettre du Conseil Interdiocésain des Laïcs

Périodique trimestriel

Janvier-Février-Mars 2014

Au sommaire :
A la une > Europe : une Commission plus sociale ?
La parole à... > Jeune Et Citoyen ou la participation en action
Gros plan sur... > Prochains Synodes sur la famille
Pauvretés et Solidarités > Welcome-Babbelkot
A noter > La joie de l’Evangile - Assez de stéréotypes sur les pauvres ! - Sur Joseph Comblin

A la une

Europe : une Commission plus sociale ?

Le 25 mai prochain, nous voterons pour divers scrutins belges et aussi pour élire les 751 eurodéputés qui constitueront le prochain Parlement européen. Que faut-il en attendre sur le plan social ?

En application du Traité de Lisbonne entré en vigueur le 1er décembre 2009, le nouveau Parlement européen élira pour la première fois en 2014 le président de la Commission européenne, à savoir le chef de l’exécutif. Si cette mesure est censée en théorie rendre plus démocratique le fonctionnement des institutions européennes, ne soyons pas dupes : dans cette économie dérégularisée et mondialisée qui est la nôtre, les « représentants » politiques ne constituent plus que de simples courroies de transmission au service des vrais détenteurs du pouvoir que sont les lobbies économiques, les entreprises multinationales ainsi que les gigantesques consortiums bancaires internationaux.

Ce sont ces derniers qui ont largement inspiré – voire imposé – les sinistres politiques d’« austérité » qui, au nom de la réduction des déficits publics, ont provoqué ces dernières années des dégâts sociaux considérables sur le Vieux Continent. Bien que le Fonds Monétaire International (F.M.I.) ait exprimé dès 2012 ses doutes quant à l’efficacité réelle de ces politiques, il est hélas peu probable que celles-ci soient remises en question après le 25 mai 2014, tant le « dogme » de l’équilibre budgétaire constitue l’un des piliers de l’idéologie ultralibérale toute-puissante actuellement.

Un bémol cependant : le 15 janvier, le Parlement européen a lancé une vaste enquête sur la gestion de la crise financière en Grèce, en Espagne, au Portugal et en Irlande par la fameuse « troïka » composée de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du F.M.I. En ligne de mire : le manque de légitimité démocratique de cette troïka et les conséquences désastreuses engendrées par sa politique sur le plan social. De manière générale, l’Europe pourrait dès lors prendre davantage en compte à l’avenir l’impact humain des politiques d’austérité.

Mais tout dépendra in fine de la composition de la future Commission et de son président, qui sera désigné en octobre. Si le candidat des libéraux Guy Verhofstadt a peu de chances d’accéder à ce poste, il n’en va pas de même du candidat socialiste Martin Schulz – par ailleurs président actuel du Parlement européen – et des deux principaux prétendants du P.P.E. (Parti Populaire Européen, réunissant les démocrates-chrétiens et les conservateurs) que sont Jean-Claude Juncker et Michel Barnier. Tous les trois sont en effet partisans d’une Europe plus sociale. A moins que ne soit réélu à ce poste l’ultralibéral forcené qu’est José Manuel Barroso…

Louis MATHOUX

La parole à...

Jeune Et Citoyen ou la participation en action

L’asbl Jeune Et Citoyen, reconnue par la Fédération Wallonie-Bruxelles comme service de jeunesse, se donne pour objectif de contribuer à offrir aux jeunes des possibilités de participer à la société comme les citoyens de plein exercice qu’ils sont.

Jeune Et Citoyen (JEC) éduque les jeunes à la participation et à la citoyenneté en favorisant leur développement personnel en lien avec le groupe et ses valeurs.

Avec plus de 20 ans d’expérience, Jeune Et Citoyen propose aux institutions (principalement scolaires) un accompagnement dans la conception, la mise en place et/ou le développement de structures qui reposent sur la participation des jeunes. Cet accompagnement passe par des interventions dans l’établissement (modules de formation ou d’animation) et par la diffusion d’outils ou de ressources pour alimenter leurs pratiques.

Des interventions adaptées

Les modules d’animation sont centrés sur l’articulation de l’individuel et du collectif. Ils amènent chaque participant à développer une meilleure connaissance de soi et de l’autre et à renforcer une dynamique de groupe constructive et solidaire.

Les modules de formations d’adultes et de jeunes visent à accompagner chaque public dans le développement des compétences propres aux rôles respectifs et en lien avec la gestion d’espaces de concertation et de projets collectifs.

Les modules de formations à destination des élèves délégués de classe occupent une part importante dans les interventions de l’asbl. Les thèmes qui y sont abordés sont notamment : une réflexion sur le rôle du délégué, l’analyse du fonctionnement de l’école et de son organigramme, les outils d’information et de consultation de la classe, la gestion collective de projets : de l’idée à la planification et à la concrétisation, l’animation et la gestion de réunions, de Conseils d’élèves, etc, ainsi que l’évaluation de l’année de délégation écoulée.

Chaque module repose sur une rencontre préalable entre celle-ci et l’asbl. Cette rencontre est une étape centrale dans les processus pratiqués par l’asbl. Elle lui permet de partager sa vision de la participation et sa philosophie de travail ainsi que de prendre connaissance des attentes, du contexte et des contraintes de l’institution. Tout cela pour ensuite construire ensemble les objectifs d’accompagnement ou d’interventions. Cette rencontre préalable rassemble idéalement, des membres de l’asbl, de la direction, de l’équipe éducative et des jeunes.

Afin d’être accessible au plus grand nombre, l’asbl JEC a depuis 3 ans diminué et simplifié les tarifs de ses interventions. Cela passe notamment par la possibilité de s’engager dans un contrat-cadre d’au moins 3 ans.

Forum, outils et ouverture

L’asbl organise chaque année un Forum des délégués . Elle y invite les élèves délégués et les adultes-ressources de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour partager leurs vécus et réfléchir ensemble aux enjeux et aux fonctionnements des structures participatives dans l’école. Cette année, le Forum se déroulera le mercredi 23 avril à la Tricoterie, à 1060 Bruxelles. Il est construit principalement par une équipe d’élèves volontaires et a pour thème « La mise en réseau des acteurs de la délégation ».

De plus, Jeune Et Citoyen développe et diffuse des outils pour soutenir les acteurs dans leurs démarches participatives et citoyennes. Ainsi, le diagnostic de la délégation consiste en une « photographie » de la délégation et permet d’en identifier les structures, leur effectivité, ainsi que la connaissance et l’opinion qu’en ont les différents acteurs.

À côté de publications pédagogiques spécifiques, le journal trimestriel Particip’action est conçu comme un outil de diffusion de contenus et de partage d’expériences.

Enfin, si Jeune Et Citoyen travaille majoritairement en collaboration avec des écoles secondaires, elle a aussi une expérience auprès d’autres institutions : établissements des enseignements primaire, spécialisé et supérieur, organisations de jeunesse, centres de jeunes, ONG, Aide à la Jeunesse, etc. Car elle veut ouvrir son champ d’action à tout domaine ou secteur où elle peut encourager, soutenir et promouvoir la participation des jeunes à leur(s) milieu(x) de vie.

Asbl Jeune Et Citoyen
info@jeuneetcitoyen.be - www.jeuneetcitoyen.be - http://www.facebook.com/JeuneEtCitoyen
Rue du Marteau, 19, 1000 Bruxelles - Tel : 02 218 05 59 - Fax : 02 218 05 57
Antenne de Namur : Rue Godefroid, 20, 5000 Namur - Tel : 081 23 11 31

Gros plan sur...

Prochains Synodes sur la famille

En vue des synodes des évêques de 2014 et 2015 sur « les défis pastoraux de la famille dans le contexte de la nouvelle évangélisation », les évêques de Belgique ont diffusé en novembre les 39 questions complexes adressées par Rome et, en février, un rapport de synthèse des réponses reçues.

Fallait-il prendre comme un signe de modernité ou de diffusion limitée le fait que nos évêques aient, en novembre 2013, publié sur le site www.cathol.be le questionnaire du Vatican envoyé aux conférences épiscopales pour préparer le synode des évêques d’octobre prochain à Rome ? En tout cas, on peut un peu douter de ce que les questions aient été diffusées « le plus largement possible dans toute l’Eglise de Belgique » et alors qu’il fallait déjà y répondre pour le 15 décembre. Mais, en ce début du pontificat du pape François, une telle démarche marque une certaine avancée, par rapport à l’examen des « Lineamenta » (premières lignes thématiques) que la conférence épiscopale demandait auparavant à quelques instances comme le CIL. De plus, en février, les évêques ont diffusé un rapport synthétisant en sept pages les réponses reçues qui devrait retenir tout particulièrement l’attention du CIL, puisque les 1.589 réponses représentent plus de 3.000 personnes et sont à 70 % francophones. Ce qui, selon le rapport, « relativise le résultat sans en supprimer la valeur » et « nous fera indubitablement progresser ».

En relevant la variété des points de vue reçus, il est écrit que «  la distance grandissante entre la famille sous toutes ses formes telle que nous la connaissons aujourd’hui et l’enseignement de l’Eglise sur le mariage et la famille forme la principale préoccupation des répondants. ». Mais il est aussi question du manque de connaissance de cet enseignement, de l’absence de contradictions radicales, d’une tension entre protection de l’enseignement (de l’Eglise) et entrée en dialogue, ainsi qu’entre ce que propose l’Eglise et « une approche compatissante pour ceux qui s’en éloignent » ou encore entre ce que, d’une part, offre l’Eglise et à quoi aussi leur conviction personnelle chrétienne leur fait adhérer et , d’autre part, le processus décisionnel politique et les évolutions sociales.

Concernant l’enseignement de l’Eglise, il est dit que sa connaissance est majoritairement faible, mais qu’il est devenu difficile de le vivre au sein de la famille et de le défendre en société à propos de la contraception artificielle, la position des divorcés remariés, la condamnation des actes homosexuels et la sexualité hors mariage. Plusieurs le disent contraire à l’évangile et dépassé, tout en s’interrogeant sur la compétence de l’Eglise en matières médicales.

A côté des doutes exprimés à propos du mariage ‘selon la loi naturelle’, « les croyants situent surtout leur contribution au mariage et à la famille dans le fait de ne jamais exclure personne quoi qu’il puisse arriver » et une majorité demande que l’Eglise cesse de faire une différence par rapport aux couples ‘normaux’. L’importance numérique du groupe des divorcés, remariés ou non, est relevée, avec référence au mariage non sacramentel après un divorce chez les orthodoxes, et surtout demande concernant la communion pour les divorcés remariés ressentant à présent incompréhension, colère et amertume. Une majorité demande que l’Eglise reconnaisse les relations homosexuelles sous une forme juridique et sans rejet moral, même si un doute subsiste concernant le terme mariage. Et il est demandé de ne faire aucune différence entre les enfants des couples homosexuels et les autres, tout comme vis-à-vis des enfants nés hors mariage.

Une des sept pages du rapport traite des positions défendues par l’encyclique Humanae Vitae en 1968 ; il y est dit que « une grande majorité prend acte du fait que l’Eglise s’oppose à la contraception mais l’estime très normale aujourd’hui et pense que les chrétiens effectuent ici un choix moral » et que « la vision d’Humanae Vitae/l’Eglise reste trop éloignée de la sphère de la vie des jeunes. ».

En soulignant l’importance de la famille au niveau de la société et de l’Eglise, il est fait référence à la situation déplorable de beaucoup de paroisses où les familles ne peuvent plus guère trouver de soutien pour leur foi. Selon le rapport encore, « l’Eglise doit se focaliser davantage sur la Bonne Nouvelle, la personne de Jésus et la rencontre avec Lui que sur des thèmes moraux…. Il est demandé à l’Eglise une grande ouverture vis-à-vis des différentes familles de fait. D’autres grands thèmes qui reviennent sont le célibat obligatoire pour les prêtres et leurs conditions de vie, la place de la femme et des laïcs dans l’Eglise, l’importance de l’engagement des chrétiens dans l’Eglise et dans la société et le soutien qui doit leur être proposé. ». Tout cela - dont la finale - et plus encore émane d’une partie du Peuple de Dieu de chez nous en vue de deux Synodes où seront représentés les évêques catholiques du monde entier !

Pauvretés et Solidarités

Welcome-Babbelkot

Le Welcome-Babbelkot est une association insérée dans un quartier d’Etterbeek peuplé de personnes de toutes cultures, races, nations, religions, où vivent de nombreux immigrés. Toute son activité, inspirée par le projet éducatif des Religieuses de l’Assomption, se veut éducative et vise une transformation des personnes et des situations. Plus de 60 bénévoles permettent au Welcome-Babbelkot d’avoir une action tranchée et efficace. En collaboration avec des associations et des organismes gouvernementaux, le Welcome-Babbelkot travaille à la cohésion sociale et au bien-être des personnes dont elle veut favoriser le développement intégral. C’est pour cela qu’une cinquantaine d’enfants viennent à l’école des devoirs et aussi chaque mercredi après-midi pour jouer et s’amuser, tandis qu’une centaine de femmes viennent à l’alphabétisation plusieurs matinées par semaine.
Welcome Babbelkot, rue Peter Benoit, 23, 1040 Bruxelles. Tl : 02.640.80.98. Courriel : welcome.babbelkot@gmail.com Site : www.welcomebbk.be

A noter

La joie de l’Evangile

Dans son Exhortation apostolique, le pape François nous présente un véritable programme : « Je désire y dit-il en effet, m’adresser aux fidèles chrétiens, pour les inviter à une nouvelle étape évangélisatrice marquée par cette joie et indiquer des voies pour la marche de l’Eglise dans les prochaines années.  » A juste titre, Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège, fait remarquer dans son introduction de l’édition belge que le sous-titre évite le mot « évangélisation » et privilégie l’expression « annonce de l’évangile ». Le Pape parcourt en langage direct des sujets tels que la mission des chrétiens et de l’Eglise, les défis du monde actuel (économie, argent …), la dimension sociale de l’évangélisation (le bien commun, l’intégration sociale des pauvres, …). Chaque chrétien est appelé à lire ces pages qui redonnent vigueur à notre Eglise et sont une inspiration actuelle dans le monde d’aujourd’hui.
Pape François, « Evangelii gaudium » avec introduction par Mgr J-P Delville, Editions Fidélité, Namur, 2013 ,205 p.10 €.

Assez de stéréotypes sur les pauvres !

A notre époque où la crise économique, sociale et financière opère des ravages et où de nombreuses personnes se cherchent des bouc-émissaires faciles, il n’est pas rare d’entendre des clichés à cinq sous comme : « les pauvres ne veulent pas travailler », « les gens qui vivent à la rue l’ont choisi », « beaucoup d’immigrés sont des chômeurs » ou encore « le rôle de l’école n’est pas de régler les inégalités sociales ». Afin de lutter contre ces stéréotypes qui ont la vie dure, ATD Quart-Monde a publié un petit livre instructif qui démonte pas moins de 88 « idées fausses sur les pauvres et la pauvreté ». Accessible à un grand public, cet ouvrage s’attaque à la chape de plomb du fatalisme. Il vise à sortir des préjugés où les uns sont les « bons » et les autres les « mauvais » pour inventer ensemble une société où la misère n’aura plus droit de cité.
ATD Quart-Monde, « En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté », Editions Quart Monde – Editions de l’Atelier, Paris 2013, 180 p. 5 €.

Sur Joseph Comblin

A l’initiative d’une équipe comprenant notamment les anciens membres du CIL Paul Tihon, s.j., Jacques Briard et Luc Uytdenbroek, vient de sortir un livre consacré au grand théologien belgo-brésilien Joseph Comblin qui fut un proche collaborateur de l’archevêque Helder Camara, acteur marquant du concile Vatican II, et des évêques d’Amérique latine. Il reprend une dizaine de contributions latino-américaines, belges et africaine, dont celles de Maurice Cheza, André Tihon, Carlos Mesters, Ivone Gebara et ‘José mon ami’ de l’évêque Flavio Cappio, franciscain ayant fait la grève de la faim pour s’opposer à des projets d’irrigation qui frappaient des paysans brésiliens. Elles décrivent la personnalité et l’œuvre du lucide analyste que fut le disparu. S’y ajoutent des textes de celui-ci établissant notamment une distinction très nette entre la tradition évangélique et la religion.
« Joseph Comblin, prophète et ami des pauvres », sous la direction de Philippe Dupriez, Editions Lessius, Bruxelles, 2014,185 p., 19 €.

La lettre du Conseil Interdiocésain des Laïcs

Pour mener ses activités, le C.I.L. ne dispose à présent que d'un soutien réduit de la Conférence épiscopale, des cotisations de ses membres et de dons de sympathisants. Tout don versé à son compte sera dès lors le très bienvenu.
BE43 7995 5016 4501 (BIC : GKCCBEBB)
Amis du CIL, 1040 Bruxelles.